Il est grand temps de revoir la soi disant « gestion » des espèces susceptibles d’occasionner des dégâts (anciennement « nuisibles »)

Ois Nat, le 1er septembre 2020, mise à jour le 28 novembre 2020 –

 

Nous relayons ces articles:

 

CRBPO info. Pour une réelle évaluation des stratégies de gestion des « nuisibles »
Chaque année, en Europe, des millions de renards, mustélidés et corvidés sont détruits, considérés comme nuisibles (« susceptibles de causer des dégâts » en France) aux intérêts économiques et sanitaires de l’humain. Pourtant, dans un article récent, Frédéric Jiguet (2020) nous rappelle que les destructions dé-confinent les individus et augmentent la propagation des zoonoses. Différents résultats scientifiques illustrent cette aberration, que ce soit pour le renard et l’échinococcose alvéolaire, le blaireau et la tuberculose bovine. Pour les corvidés et les dégâts agricoles, les programmes personnels de marquage en cours en France, sur grands corbeaux, corneilles noires et choucas des tours, permettent d’illustrer les immenses échelles spatiales de fonctionnement des méta-populations, rendant toute régulation locale inefficace: un individu éliminé sera très rapidement remplacé par un autre tant que la ressource attirant l’espèce est présente.
La réflexion exposée dans cet article argumente l’évidence de la nécessité d’une réelle évaluation des stratégies de régulation de ces espèces, en plusieurs étapes pratiques, et basée sur une évaluation dite des trois E : écologique, économique et éthique.
In fine, la décision d’avoir recours à des méthodes létales devrait être systématiquement conditionnée sur le fait que les objectifs soient atteignables (réduction de dégâts, de risques sanitaires), et associés à des bilans écologiques et économiques positifs. http://crbpoinfo.blogspot.com/2020/07/pour-une-reelle-evaluation-des.html

Renard roux et grands corbeaux, en Estonie (photo Remo Savisaar)

Renard roux et grands corbeaux, en Estonie (photo Remo Savisaar)

MNHN Alerte presse  10-07-2020
Le Corbeau et le Renard, ou la nécessité de réformer les stratégies de régulation des animaux dits nuisibles
En Europe, chaque année, des millions de renards et de corbeaux (corneilles, corbeaux freux, choucas, pies…) sont décimés pour réduire leur nuisance aux activités économiques et les risques sanitaires pour les humains et leur bétail. Pourtant, de nombreux travaux scientifiques montrent que l’élimination de ces animaux ne réduit pas nécessairement leurs effectifs sur le long terme et peut même dans certains cas augmenter les risques de zoonose.
La crise sanitaire en cours nous a fait prendre conscience que le confinement – chacun dans « son » territoire – permettait de réduire la dispersion d’un pathogène. Or les fortes capacités de dispersion des renards et autres prédateurs rendent souvent inefficaces leurs régulations locales : les places laissées vides sont immédiatement réoccupées par des individus venant de loin. L’augmentation de leur dispersion entraîne alors celle de leurs parasites et pathogènes, accentuant les risques sanitaires pour les populations humaines.
Frédéric Jiguet, chercheur au Centre d’Écologie et des Sciences de la Conservation (CESCO – Muséum national d’Histoire naturelle/Sorbonne Université/CNRS), appelle à une évaluation écologique mais aussi économique et éthique des programmes de destruction en place depuis des décennies. En effet, il existe des solutions alternatives à la destruction (effarouchement, déplacements, vaccinations…), plus efficaces dans certaines situations. Les méthodes létales ne doivent être retenues que si elles sont écologiquement utiles et fonctionnelles, économiquement rentables et éthiquement acceptables. https://www.mnhn.fr/fr/communiques-presse-dossiers-presse/corbeau-renard-necessite-reformer-strategies-regulation-animaux-dits-nuisibles

 

Jiguet F. (2020) The Fox and the Crow. A need to update pest control strategies. Biological Conservation. Article en Open Access.