La fierté de Willy

Ois Nat, le 25 octobre 2017 –

 

Souvenez vous du communiqué de Willy, où il faisait une grosse colère et bien cette fois dans une interview au journal « L’indépendant du Pas de Calais » du 21 septembre 2017, ses déclarations sont… « désarmantes ».

 

Retrouvez l’article « Rendre plus simple et plus accessible la chasse française » sur Calaméo (page 10):

web https://fr.calameo.com/books/0044055407fd55761f17e

 

Nous retranscrivons ici la lettre d’un certain Meles meles, en réponse aux déclarations de Willy :

Tu me fais de la peine Willy(1),

Tu me fais de la peine, et à mes amis aussi

Tu me fais de la peine Willy, tu me fais de la peine et à mes amis aussi. Tes déclarations successives concernant la nature se ses défenseurs sont désarmantes ; je veux dire par là que les jumelles nous tombent des mains… Prenons par exemple l’Indépendant du Pas de Calais du 21 septembre.

« La chasse est quelque chose de bien, et les chasseurs sont des gens bien ».

Mais non Willy tu ne peux pas généraliser ainsi. Attention je ne dis pas qu’il n’y ait pas des gens bien parmi les chasseurs. Mais il y a aussi de sombres abrutis. Comme parmi les écologistes d’ailleurs. Que penserais-tu d’une affirmation comme quoi, par nature, « les écologistes sont des gens bien » ? Comprends Willy, il y a un certain nombre de français qui ne partagent pas ta passion pour la chasse et ils ont le droit. Et puis d’ailleurs quelle chasse ? Le chasseur solitaire de Michel Delpech qui promène son chien et regarde passer les oies sans les tirer ? Où ceux, trop nombreux, qui braconnent les oiseaux migrateurs après la date de fermeture le 31 janvier de chaque année ? Tel chasseur de Bécasse qui connait parfaitement la biologie de son oiseau fétiche et réduit ses prélèvements, ou le piégeur à la glu qui mange des passereaux en brochette ? Le pépé qui chasse un lapin chaque année pour le manger en famille, ou le déterreur de blaireau qui écrase l’adulte acculé au fond du terrier et laisse les jeunes de l’année non sevrés abandonnés ?

Après tu nous expliques que « Là où l’on chasse c’est souvent plus riche qu’ailleurs, et c’est sûrement pour ça que les écolos veulent nous piquer nos territoires… ».

Bon là c’est assez facile à t’expliquer Willy. Vient visiter les réserves naturelles non chassées en France. Tu y verras une nature généreuse, une biodiversité abondante, des espèces moins farouches qui se laissent approcher. Tout autour c’est le désert biologique ou presque. C’est d’ailleurs pour ça que tes camarades se postent en lisières de ces haltes migratoires. Dans l’espoir de choper le canard qui vient s’y reposer. Allez va je sais bien qu’on marche de moins en moins à la chasse, mais vient randonner dans les parcs nationaux français. Tu y verras une faune et une flore abondantes. Bien loin des affirmations alarmistes de tes ancêtres qui se battaient contre la création des Parcs nationaux prévoyant une invasion incontrôlable d’espèces. Après quant à vouloir vous « piquer vos territoires » je ne sais pas bien à quoi tu fais référence. J’ai l’impression que tu confonds les territoires où vous êtes autorisés à chasser, y compris une grande partie du domaine de l’État qu’il vous loue, et des propriétés en propre. S’il s’agit de cantonner la chasse sur les terrains qui vous appartiennent c’est quand tu veux Willy. Car la chasse en France se pratique en grande partie sur des terrains qui ne vous appartiennent pas. Vous chassez chez les autres, chez nous, sur les terrains publics qui nous appartiennent autant qu’à vous.

« Il n’y a pas de honte à être chasseur. Dans d’autres pays … vous vous promenez en camouflage et avec des bottes dans les rues de Washington… ». Mais Willy personne ne t’empêche de te promener comme tu l’entends sur les Champs Élysées. Même avec une plume dans le… chapeau. Pas sûr que ça change l’image de la chasse en France mais bon. Après s’il s’agit du rapport qu’entretiennent les gens avec les armes, je te confirme qu’il n’est pas le même en Europe et aux Etats-Unis. Et je ne suis pas certain que les régulières et encore récentes tueries qui défrayent la chronique outre Atlantique ne t’aident à banaliser ta tenue de combattant.

« Cinq millions de personnes détiennent un permis de chasser et nous validons chaque année 1,2 million de personnes… ». Ouh là là la tête nous tourne ! La réalité c’est qu’il y avait plus de 2,5 millions de chasseurs en France en 1970, et qu’il y en a à peine 1 million aujourd’hui. Vous savez même que votre plancher se situe vers 300.000. Continue comme ça Willy tu participes à la dégringolade. Bien sûr certains prennent plusieurs cartes alors forcément ça complique les comptages. On comprend mieux pourquoi vous n’arrivez même pas en France à tenir la comptabilité des tableaux de chasse contrairement à la plupart de vos collègues en Europe. Et bien sûr c’est un peu particulier puisque c’est l’association cynégétique qui est la seule association à cotisation forcée ! Imagine un peu si tous les gens qui regardent aiment et nourrissent les oiseaux l’hiver étaient obligés d’adhérer à la LPO ! 8 millions, 10, 20 millions d’adhérents à la LPO ? Peut-être toi-même serais-tu obligé d’adhérer à la LPO ? Remets toi Willy c’était une image.

C’est vrai comme tu le reconnais toi-même que vous avez  « une classe d’âge vieillissante ». Mais quant au « retour des jeunes très prometteurs depuis deux ans », attention : ce frémissement ne vient-il pas simplement de l’effet du permis gratuit ? Une gratuité qu’aucun fiscaliste n’a encore interrogée et c’est bien dommage rapport à l’équité entre les adhérents d’une association, et à l’utilisation de l’argent publique qui vous est confiée pour des tâches données, et sûrement pas pour faire des cadeaux.

« Depuis trente ans, on nous dit que la nature pour que ce soit bien, doit se faire sans les hommes ». Allons bon où es-tu allé pêcher ça ? Ce qu’on dit c’est que si l’homme n’y prend garde il va se détruire lui-même en détruisant la nature. Un peu comme un scieur assis sur la branche qu’il coupe tu vois ? Après quand tu mets sur le même pied le véganisme, Europe Ecologie les Verts, des gens qui veulent exclure l’être humain des territoires et que sais-je encore, je dois t’avouer, Willy, que même Luc Ferry et son « nouvel ordre écologique » n’avait pas osé aller si loin.

Alors bien sûr, faute de connaissance sociologique approfondie, il te reste la poésie : « Le dogmatisme, on en a plein le cul ! Emmerder les gens à longueur d’année au nom de l’écologie, les gens n’en peuvent plus. Interdire à un maire de curer un fossé parce qu’on a découvert deux salamandres et un triton crêté, on arrive à du délire total… ».

Pour la géographie tu cites le Canton de Genève. « …quarante ans  sans chasse et au final 50% des espèces qui ont disparu, et aujourd’hui il paie 500 bonhommes pour tirer jour et nuit et tenter un retour aux équilibres ». Cette interdiction de chasse date de 1974. Bon Willy serre les fesses, avec un peu de chance, aucun lecteur de l’indépendant du Pas de Calais ne sera assez curieux pour aller vérifier sur internet. Il faut espérer, car si non le lecteur un tant soit peu curieux pourrait lire :

« 35 ans après l’interdiction de la chasse, le bilan est très positif tant pour la faune elle-même, que pour la population et l’administration en charge. La faune «chassable» genevoise se porte mieux qu’il y a trente ans, et parfois aussi, mieux que dans les régions voisines. Les effectifs et la diversité d’oiseaux d’eau et des canards hivernants ont fortement augmenté au point que la plupart des eaux lacustres et fluviales du canton font maintenant partie des zones d’importance nationale et internationale pour les oiseaux d’eau. La grande faune est devenue beaucoup plus abondante que dans les années 1970. Les populations de «petit gibier» comptent parmi les meilleures de Suisse… Enfin, le surcoût de la gestion de la faune lié à la suppression de la chasse est modeste, peut-être même non avéré ».

Comme toi j’avais adoré la célèbre réplique « le monde se divise en deux catégories, ceux qui ont un pistolet chargé et ceux qui creusent » dans « Le bon, la brute et le truand ». C’est pourquoi l’adaptation que tu en fais m’a beaucoup plu : « Sur terre il y a deux formes d’animaux, les prédateurs et les prédatés. Les prédatés ont les yeux sur les côtés pour voir ce qui arrive derrière. Les prédateurs se sont qui regardent devant. Nous on a les yeux devant… ». Je n’ai pas trouvé sur Internet de rapaces, de reptiles et autres truites avec les yeux devant. Mais quelqu’un s’est effectivement amusé à mettre les yeux d’un requin devant et c’est très drôle : http://www.goldenmoustache.com/yeux-animaux-etaient-places-humains-204136/

Merci Willy, merci pour ce moment de détente !

Puis tu nous expliques qu’il faut absolument détruire les prédateurs sans quoi ils mangent tout. Je te cite encore : « J’avais 200 moineaux gris autour de chez moi, j’ai un couple d’éperviers qui s’est installé dans ma pâture, et ils me les ont tous bouffés… ». Bon Willy il n’y a pas plus de « moineau gris » que de « galinette cendrée » dans la nature. Il y a le moineau friquet, le moineau domestique… Et les moineaux ne se trouvent pas trop dans les « pâtures », ce qui n’est pas grave d’ailleurs car l’épervier non plus, c’est plutôt un oiseau forestier. Mais peu importe Willy, il faut surtout que tu comprennes qu’un prédateur ne fait jamais disparaitre ses proies. Ce n’est pas binaire la vie c’est beaucoup plus subtil. Figure toi qu’il y a trois moteurs à l’évolution : d’abord la concurrence certes, et tu l’as repérée, mais aussi et surtout la solidarité : seules les espèces qui nouent des alliances survivent. Tout est imbriqué, interdépendant. Le troisième moteur c’est l’accident (météorite, feu, inondation…) et la capacité des espèces à s’adapter.

Chaque année vous tuez environ 450.000 renards au fusil. Et environ 200.000 par le piégeage (ils meurent dans d’atroces souffrances mais je renonce aujourd’hui à te parler de sensibilité animale…). Tout ça pour pouvoir tirer les 3 millions et quelques de faisans et plus de 1 million de perdrix rouges que vous relâchez la veille pour le lendemain dans la nature. Alors bien sûr les agriculteurs mettent beaucoup de poison dans les sols pour tuer les rongeurs que les renards, eux-mêmes tués, ne mangent plus. Quant à la prolifération des sangliers et co-sangliers, elle doit beaucoup à votre propre « gestion ».

Vous tuez les prédateurs et les prédatés. Ceux qui ont les yeux devant et ceux qui ont les yeux derrière. Mais tu as raison en un sens : si on arrivait à tout tuer, ceux qui ont les yeux devant, ceux qui ont les yeux derrière, mais aussi ceux qui ont les yeux sur le côté, on arriverait à la toute fin à une forme d’équilibre. L’équilibre par le vide.

Bon rassure toi Willy je ne vais pas m’amuser à répondre à toutes tes provocations et approximations. Autant chercher à répondre aux tweets de Donald Trump. Je voulais juste te dire une bonne fois pour toute que la nature ne vous doit rien, à part quelques plaies et bosses.

Tu me fais de la peine Willy, tu me fais de la peine et à tes propres amis sûrement aussi.

Meles meles Octobre 2017

(1) Willy Schraen est Président de la Fédération Nationale des Chasseurs de France

 

Je suis fier de moi: j’ai tiré Bambi et Panpan